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Entretien avec Emilie Kuchel, Adjointe à la Politique Éducative Locale

Où il est question de la carte scolaire 2018, de la fermeture de l’école maternelle Desnos, du maintien de la semaine de 4,5 jours, des Temps d’Activités Périscolaires (TAP). Et des nombreux avantages de l’école publique à Brest.

La carte scolaire indique les ouvertures et les fermetures de classes pour les écoles publiques à la rentrée 2018. Qu’en est-il à Brest ?

Pour l’instant, dans le cadre des premières annonces faites par l’Éducation nationale, la ville de Brest perd 9 classes et en gagne 5 dans le cadre des CP dédoublés. Une nouvelle classe bilingue entraîne la fermeture d’une classe monolingue à Queliverzan. « Plus de maîtres que de classes » est maintenu dans les écoles brestoises concernées par ce dispositif sauf à Dukas et Kerhallet, ce qui n’est pas une bonne nouvelle à nos yeux mais les négociations avec l’Éducation nationale continuent.

Pourquoi la carte scolaire évolue-t-elle dans ce sens ?

Depuis deux ans, notre territoire connaît une chute démographique. Dans le Finistère, il y a 845 élèves en moins dont 600 en maternelle. Comme la ville de Brest représente beaucoup d’élèves dans le département, il y a une répercussion directe sur nos effectifs. En deux ans, Brest a perdu 500 élèves ! Outre la question démographique, la carte scolaire est également une conséquence de la politique du gouvernement. En février, le ministère a annoncé le dédoublement des CP dans les écoles REP et des CE1 dans les écoles REP+. Le dédoublement concerne 8 écoles à Brest alors que cette réforme s’est mise en place – quasiment – sans moyen supplémentaire ! L’année prochaine, nous devrons dédoubler les CE1 mais on ne doit pas le faire au détriment des autres écoles, ni des autres territoires.

L’an dernier, la ville de Brest a perdu 200 élèves dans le public. Certains évoquent une fuite du public vers le privé.

A l’heure actuelle, il n’y a pas de fuite vers le privé ! D’après les derniers chiffres, le privé n’a pas gagné 200 élèves, il en a perdu 9. Il s’agit avant tout de la question démographique.

Quelles sont les répercussions concrètes de la baisse du nombre d’élèves dans les écoles ?

La ville de Brest compte beaucoup d’écoles et du fait de l’actualisation de la carte scolaire, certaines d’entre-elles ont perdu des classes. Pour la rentrée prochaine, nous avons fait le choix de fermer l’école Desnos qui compte 34 élèves et de conforter l’avenir de l’école Rostand qui se trouve juste à côté. Les deux postes concernés par la fermeture vont être préservés et redéployés dans les écoles alentour. Bien sûr, fermer une école n’est jamais un choix facile. Pour autant, nous sommes obligés de prendre en compte la réalité démographique et de faire des choix dans l’intérêt général. Nous devons également assurer l’équité du service public sur le territoire et stabiliser les équipes éducatives pour qu’elles puissent travailler sereinement dans l’intérêt de tous les enfants brestois.

On reproche à la ville la méthode employée pour annoncer la fermeture de l’école. Les parents et l’équipe enseignante l’auraient appris par voie de presse…

Sur la méthode, contrairement à ce qui peut être dit, la ville n’a pas annoncé la fermeture de l’école par voie de presse ! Nous avons invité les parents, l’équipe de l’école et l’éducation nationale à une rencontre pour leur annoncer la fermeture. Naturellement, tous les parents ne pouvaient pas assister à cette réunion mais j’ai directement porté la parole aux équipes et aux parents présents ce soir-là. La réunion n’était pas encore terminée que la presse était déjà au courant de la nouvelle ! C’est donc à ce moment précis que nous avons envoyé le communiqué de presse. Le choix délibéré était que les parents et l’équipe de Desnos l’apprennent directement par moi. Certains parents ne pouvaient pas être présents pendant la réunion et l’ont appris en lisant la presse.

Le Finistère s’attend à ce que plus de 200 communes sur 232 reviennent à la semaine de 4 jours. La ville de Brest a fait le choix de maintenir la semaine de 4,5 jours et les TAP. Pour quelles raisons ?

Le plus important à nos yeux est la diminution des inégalités sociales ! Et il faut s’en donner les moyens collectivement... Cette réforme a permis l’accessibilité pour tous les enfants à des activités de loisirs et de culture et ce peu importe les ressources des parents. Les TAP ont également permis l’émergence de l’éducation populaire dans le temps périscolaire. Par cette forme d’éducation en dehors des heures de classe, l’enfant apprend par lui-même à être citoyen. Il découvre de nouvelles activités. Il apprend à connaître son rythme et ses volontés. L’enfant fait ses propres choix car il choisit lui-même ses activités. Les TAP permettent avant tout l’autonomie de l’enfant.

Certains pointent du doigt la fatigue des enfants pour revenir à la semaine de 4 jours. Qu’en penses-tu ?

Les choses sont bien plus complexes que ça ! Les enfants sont fatigués, c’est un fait. Pour autant, je ne suis pas persuadée que la fatigue des enfants provienne des 4,5 jours. La ville de Lille a fait une étude sur 700 élèves : l’utilisation excessive des écrans trouble le sommeil et joue donc sur la fatigue de l’enfant. Du fait des écrans, les enfants ont perdu une demi-heure de sommeil ! Le rythme familial aussi a évolué avec des week-ends festifs où l’enfant, même jeune, se couche très tard. Même en semaine, les opérateurs de concerts voient de plus en plus d’enfants, idem pour les soirs de match ! Et pourtant je suis aussi une mère qui aime faire pleins de choses avec ses enfants… Donc oui, il faut s’atteler à cette fatigue mais le retour de la semaine de 4 jours ne changera pas la donne. Comme je l’ai dit, c’est un sujet bien plus complexe !

Tu évoquais l’émergence de l’éducation populaire dans le temps périscolaire. Peux-tu nous en dire plus ?

Je considère l’éducation populaire comme une pédagogie complémentaire à celle de l’Éducation nationale. Il n’y a pas d’un côté un sachant (le professeur) et de l’autre des apprenants (les élèves). Les enfants apprennent tous ensemble sur des méthodes et des façons de faire. Par exemple, à l’école Jean Macé, les enfants préparent un projet à l’année et votent pour des délégués. Les enfants élus ont un budget et jouent le rôle de médiateur lorsque des conflits se présentent. Les enfants sont tous impliqués et ils trouvent ensemble les solutions aux conflits. L’éducation populaire c’est donc ça : permettre l’autonomie, fixer des règles par un collectif, faire que le collectif apprenne le vivre-ensemble… Voilà ce que les TAP amènent à Brest, en plus des activités culturelles !

N’y a-t-il pas des points à améliorer au sujet des TAP ?

Le principal reproche des parents vient du fait qu’ils ne sont pas suffisamment informés de ce qui se passe durant les TAP. Les parents ne connaissent pas forcément les animateurs. Il faut donc qu’on améliore la communication auprès des parents mais aussi auprès des enseignants. Nous devons expliquer le but des TAP et ce qui est fait dans ce cadre. Il existe aussi des disparités concernant les projets éducatifs en fonction des écoles. Certaines écoles ont plus d’activités proposées car les associations et les structures de quartier sont plus présentes que dans d’autres écoles brestoises. Il faut donc que nous amenions ces acteurs dans les écoles où il existe des manques, pour permettre une égalité aux enfants. Il y a enfin la question de l’accessibilité des TAP en termes de créneaux horaires. Nous avons augmenté à 1h20 le temps de travail des responsables de site pour qu’ils puissent travailler avec les enseignants sur des projets communs.

Comment la ville s’organise pour améliorer les rythmes scolaires et les TAP ?

Nous avons récemment mis en place des temps de travail avec les parents pour améliorer le dispositif. Soixante parents de toutes les écoles brestoises ont travaillé et échangé ensemble pour améliorer les TAP. Ensuite, dans chaque groupe scolaire, nous avons réuni autour de la table les parents, les enseignants, les associations du territoire et les structures de quartier. Ces temps de travail qui se dérouleront jusqu’au mois de mai permettront d’améliorer le système et de discuter des moyens alloués à la réussite de celui-ci. Puis au mois de juin, le maire de la ville rencontrera les enfants délégués de chaque école qui lui poseront des questions sur les rythmes scolaires. Une centaine d’enfants de CM1 et CM2 discuteront de la réforme avec le maire ! Pour finir, nous ferons intervenir un scientifique qui viendra expliquer pourquoi les 4,5 jours est le meilleur système à mettre en place pour le rythme de l’enfant. A la fin du processus de discussion et de concertation, je restituerai la synthèse des temps de travail et j’annoncerai les actions prioritaires à mettre en place pour la rentrée prochaine.

Peut-on percevoir des premiers résultats liés à l’instauration des rythmes scolaires et des TAP ?

Oui en effet. Ce dispositif de réussite éducative commence à porter ses fruits. Dans les collèges REP, les proviseurs commencent à voir des changements positifs. Les enfants qui ont participé durant leur primaire à cette réforme sont beaucoup plus autonomes dans les temps de loisirs. Les proviseurs ont aussi constaté une augmentation de participation dans les activités UNSS mises en place par les collèges. Les enfants qui n’avaient pas accès auparavant à des activités durant leurs temps de loisirs sont désormais demandeurs d’activités et restent plus longtemps au collège.

Quid du financement des TAP pour les années à venir ? Certaines communes estiment qu’ils reviennent trop chers.

Une des premières critiques de cette réforme a été la disparité entre les territoires, entre les villes qui mettaient des moyens dans leur Politique Educative Locale et celles qui en mettaient moins... En réalité, la réforme a seulement mis en exergue ces réalités existantes depuis un certain temps. Par contre, elle a obligé toutes les villes à s’organiser autour des besoins de l’enfant en mettant en place un projet éducatif territorial (PEDT). Concernant le financement, j’ai rencontré la déléguée du ministre de l’Education au mois de janvier qui a affirmé que le financement des rythmes scolaires serait maintenu jusqu’à la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Pour être honnête, je pense que les villes qui décident de retourner à la semaine de 4 jours ne feront pas de grosses économies. Les familles, par contre, verront leur pouvoir d’achat diminuer puisqu’elles devront repayer la journée entière du mercredi. Les femmes vont-elles retourner à 80% ? Le retour de la semaine de 4 jours pose de vraies questions de société et d’égalité femme-homme. Concernant le budget des villes, si l’on prend le cas de Brest, on ne supprimerait pas les postes de responsables de site et d’animateurs si l’on retournait à la semaine de 4 jours. L’arrêt des TAP entrainerait de la casse pour les emplois du secteur de l’animation. Au niveau national, les TAP concernent 50 000 postes déjà fragilisés par la suppression des contrats aidés ! On ne peut pas avoir monté en charge sur la qualité de l’accueil périscolaire des enfants pour faire tout dégringoler comme ça ! Et puis, est-ce raisonnable de faire des économies sur l’éducation de nos enfants ? Les rythmes scolaires à Brest représentent 2,2 millions d’euros par an dont 1,8 millions pour les TAP. C’est un choix politique !

Surtout que la société évolue et que les temps périscolaires prennent une place de plus en plus importante dans la vie des enfants…

Tout à fait. Aujourd’hui, les modes de vie des familles ont changé. Les deux parents travaillent et les enfants passent beaucoup plus de temps en collectivité, entre les heures de classe et le temps périscolaire. Et comme ce temps en collectivité évolue à la hausse, nous souhaitons améliorer la pédagogie des temps périscolaires. Par exemple, nous concevons des salles où les enfants peuvent s’isoler et se reposer, notamment dans les Bibliothèques Centres Documentaires (BCD). Un enfant tout comme un adulte, a besoin de moments de calme pour se reposer. L’idée n’est donc pas que l’enfant soit obligé d’être tout le temps en activité éducative ou occupationnelle. Par l’aménagement de salles spécifiques, l’enfant apprend à reconnaître sa fatigue et prend le temps de se reposer, c’est aussi ça l’autonomie ! On améliore donc le rythme de l’enfant en lui apprenant à écouter ses propres besoins et aussi ceux des autres.

La réforme des rythmes scolaires a changé la façon de concevoir les temps périscolaires. Quels ont été les principaux changements ?

Si je prends un exemple personnel, quand j’étais animatrice dans les écoles, nous étions 3 encadrants pour 90 enfants. On essayait de s’adapter à chaque enfant mais parfois ils devaient attendre qu’on s’occupe d’eux et être patients... Aujourd’hui, la réforme des rythmes scolaires nous oblige à avoir un taux d’encadrement plus costaud. Durant le temps périscolaire du midi et du soir, il y a un encadrant pour 18 élèves contre un pour 35 avant la réforme. La réforme nous oblige également à avoir des projets pédagogiques. On est de moins en moins dans des lieux de garde et de plus en plus dans des lieux d’éducation. Entre midi et deux, il y a des activités, des ateliers, des animations… Par exemple, les animateurs avec le personnel éduquent les enfants au goût, au gaspillage, à manger sainement etc. Un meilleur taux d’encadrement, des projets pédagogiques, c’est l’un des avantages de l’école publique !

Quels sont les autres avantages de l’école publique à Brest ?

Nous avons de nombreux atouts ! Par exemple, depuis 2010, les clubs Kilitou regroupent 150 enfants de CP qui rencontrent des difficultés dans l’apprentissage de la lecture. Kilitou n’est pas de l’école après l’école : sous forme d’ateliers autour du livre et de la lecture, les enfants apprennent à lire différemment par le jeu et le loisir. Et chaque année, les enfants votent et élisent un livre comme pour le prix Goncourt du Lycéen. Le livre est vendu « prix Kilitou » dans toutes les librairies brestoises ! Des animateurs sont spécialement formés pour animer les clubs et donner à l’enfant l’envie de lire. Toujours dans la politique de promotion de la lecture, la ville paie des abonnements à tous les enfants de maternelle des écoles REP. Les enfants travaillent et comprennent les livres à l’école puis les reçoivent chez eux. Nous le faisons par souci d’équité : pour que ces enfants puissent aimer lire, il faut qu’ils aient eux aussi des livres à la maison.

D’autres délégations sont-elles impliquées dans les projets des écoles ?

L’éducation des enfants brestois concernent toute sorte de politiques transversales, notamment la culture et le sport. En regardant toutes les actions menées dans les écoles publiques à Brest, 100% des enfants ont accès à une éducation culturelle par des professionnels. Cette éducation passe par de nombreux projets scolaires, les résidences d’artistes dans les écoles, l’accès gratuit de tous les enfants aux médiathèques… Aussi, à tous les CM1 et CM2, la ville de Brest donne accès à des sports qui ne sont pas accessibles à tous. Les élèves avec les enseignants ont accès aux clubs nautiques et équestres de Brest. Et les cours sont financés par la ville ! C’est aussi ça l’école publique à Brest !

Un dernier point fort de l’école publique à Brest ?

A Brest, les cantines achètent bio et local ! Il y a 50% de bio dans les assiettes des enfants et 40% de local. En 2022, le bio passera à 80% et le local à 60%. La viande est bio… Le bar est pêché à la ligne au Guilvinec ! Cette politique volontariste a permis à de nombreux agriculteurs autour de Brest de convertir leur exploitation en agriculture biologique. Aussi, 35% des élèves bénéficient de la gratuité de la cantine sous conditions de ressources des parents. Je pourrais encore soulever d’autres points forts de l’école publique à Brest, comme l’accès à l’art. Depuis ce mois-ci, une campagne d’affichage « à Brest l’école publique c’est aussi… » permet de mettre en avant tous ses atouts !

Cela fait bientôt un an que tu es élue à la Politique Éducative Locale, comment conçois-tu ta délégation ?

Ce qui me tient vraiment à cœur dans ma délégation, c’est de trouver les moyens de redonner aux enfants la place qu’ils méritent dans la vie citoyenne, qu’ils soient acteurs de leur ville. Dans les prochains temps, j’aimerais que les enfants me présentent eux-mêmes leurs projets. Il se passe tellement de choses dans les écoles ! Par exemple, l’école du Forestou est labellisée « Parlement de la mer » et peu de monde le sait ! L’école du Forestou est l’une des rares écoles du Finistère à avoir ce label national. Les enfants s’organisent comme un Parlement mais autour de l’amélioration de la qualité de la mer. Ils vont souvent à la plage pour étudier, ils font des expériences scientifiques avec Océanopolis etc. Et j’aimerais que pour tous ces projets d’école, ce soit les enfants qui en parlent et mettent en avant ces superbes initiatives ! Dans la même veine, j’aimerais qu’on puisse les entendre encore plus dans nos politiques publiques globales. Un exemple : que pensent les enfants de l’incivilité des adultes qui se garent sur les trottoirs et de fait, les empêchent de circuler en sécurité ? J’aimerais connaître leur point de vue sur nos aménagements et nos politiques publiques qui pourraient faire l’objet de plus d’audace à leur égard. Des politiques publiques vues par le prisme de l’enfant qui, bien souvent, est plus altruiste que l’adulte ! D’ailleurs, nous allons organiser une rencontre entre le maire et les enfants pour discuter de l’avenir de Brest et ainsi mieux les impliquer dans la vie locale !